La récente sortie du gouvernement ivoirien, par la voix de son porte-parole Amadou Coulibaly, sur l’arrestation de six agents de la DAARA (Direction chargée des Réfugiés et des Apatrides) au Burkina Faso, fait plus d’interrogations qu’elle n’apporte de réponses.
À écouter Abidjan, ces agents « civils » seraient accusés à tort d’espionnage, simplement parce qu’ils faisaient leur travail administratif de recensement. Des propos que le ministre ivoirien qualifie de « fantasmes », allant jusqu’à comparer leur situation à celle d’un agent d’état civil, d’une sage-femme ou d’un simple fonctionnaire local.
Mais ces propos ne peuvent relever que de l’incongruité notoire pour passer comme une défense. Elle est maladroite et irréfléchie à la fois. Autrement qualifié, cette déclaration, si elle vise à protéger l’image d’institutions ivoiriennes, révèle toutefois une sérieuse légèreté face aux enjeux sécuritaires de la région ouest-africaine. Car réduire à de simples « fantasmes » les suspicions d’espionnage dans un contexte marqué par l’activisme de groupes armés transnationaux et les flux migratoires incontrôlés, c’est faire preuve d’un mépris des réalités sécuritaires vécues par le Burkina Faso depuis bientôt une décennie.
Alino Faso, arrêté et accusé d’espionnage, rappelle à quel point la menace n’a pas toujours un visage militaire ou diplomatique. Il a été arrêté alors que tous savaient que ce jeune ne menait que des activités commerciales entre Ouaga et Abidjan. Il a malheureusement perdu sa vie dans les geôles du gouvernement ivoirien alors qu’il était loin d’être un espion. Sans aucun parallélisme, il est légitime de savoir que si l’on peut soupçonner un » commerçant » d’être un espion alors un espionnage peut se dissimuler sous n’importe quelle couverture à fortiori des sois-disants fonctionnaires de l’administration.
Dès lors, pourquoi un fonctionnaire de la DAARA en mission ne pourrait-il pas, dans un contexte de crise, prêter le flanc à des suspicions légitimes ?
L’argument humanitaire brandi à souhait ne suffit pas. Certes, la Côte d’Ivoire accueille des dizaines de milliers de réfugiés burkinabè. Oui, leur prise en charge nécessite identification et suivi administratif. Mais cela ne donne pas un blanc-seing à des agents pour agir sans coordination avec les autorités du pays d’origine, encore moins sur le territoire burkinabè.
L’argument humanitaire de M. Coulibaly occulte une question centrale : ces agents travaillaient-ils dans un cadre bilatéral concerté et légalement encadré avec Ouagadougou ?
Si ce n’est pas le cas, alors leur mission, quelle qu’elle soit, tombe sous le coup de la suspicion, surtout dans une région où l’infiltration par des services étrangers ou des groupes hostiles est une réalité documentée.
En affirmant que « tout fonctionnaire pourrait être assimilé à un espion » de la sage-femme à l’agent de recensement , le gouvernement ivoirien banalise un sujet grave. Ce discours, loin d’apaiser, insulte l’intelligence des peuples et minimise les efforts titanesques menés par les services de sécurité de l’espace AES contre le terrorisme et l’ingérence étrangère.
Qualifier les inquiétudes burkinabè de « fantasmes », c’est fermer les yeux sur une évidence : dans le Sahel, l’espionnage est une arme de guerre aussi redoutable que la kalachnikov.
Et il est de toute évidence que le gouvernement ivoirien, dans son empressement à disculper ses agents, a choisi la rhétorique du mépris plutôt que celle de la diplomatie lucide. Une posture qui risque de tendre davantage les relations entre deux pays liés pourtant par l’histoire, la géographie et les crises partagées.
Il serait plus responsable pour Abidjan de coopérer pleinement avec Ouagadougou, dans la transparence et le respect mutuel, que de réduire les préoccupations sécuritaires de son voisin à de simples « fantasmes ». Mais cela loin de troubler le sommeil des dirigeants du Burkina Faso et de l’AES montre, chaque jour que Dieu fait, le visage rideux et diabolique du régime ivoirien avec à sa tête un vieux deliquescent sans lucidité politique.


































